Neuwiller à l’Exposition Universelle


Alors que l’Exposition Universelle de Shanghai retient un instant l’attention du monde en cette année chinoise du Tigre, peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que Neuwiller eut naguère aussi l’honneur de figurer à une Exposition Universelle.

Accepter ou refuser ? Quel cruel dilemme !

Accepter le risque d’un vol ou pis, d’une nouvelle détérioration, leur restauration à peine achevée ? Les expositions drainent de telles foules qu’inévitablement s’y glissent des malfaiteurs ordinaires et des déséquilibrés de tous genres. Accepter l’opprobre jeté sur son nom si d’aventure le trésor séculaire de l’abbatiale était victime d’un attentat ?

Alors, refuser ? Refuser à monseigneur l’évêque, au gouvernement impérial de Napoléon III, le prêt des tapisseries pour la seconde Exposition Universelle de Paris ? Impensable pour le brave curé Gachot et son Conseil de Fabrique !

Puisque les dés en étaient jetés, advienne ce que voudra la divine Providence !
Les quatre grandes tapisseries, soigneusement enroulées et emballées dans de solides caisses en bois, quittèrent donc Neuwiller ce 11 février 1867… pour revenir intactes au bercail, le 6 janvier suivant.

Entre-temps, plus de dix millions de visiteurs avaient défilé devant elles et non des moindres puisque de nombreuses têtes couronnées furent de la fête. Certains avaient admiré la finesse de leur tissage en laine des Flandres avec ses fils d’or, d’argent et de soie d’Italie, d’autres les avaient purement et simplement ignorées, préférant accorder leur auguste faveur à des chefs-d’œuvre plus contemporains telle la monumentale fontaine en cristal de Baccarat et ses sept mètres de hauteur. « Ces tapisseries ont été fort admirées et mentionnées d’une manière toute spéciale dans le catalogue des galeries de l’histoire du travail », déclara d’une manière un peu péremptoire le commissaire de l’Exposition, de Morlet, au vicaire général Rapp, à l’issue de la manifestation.

Le retour à Neuwiller des précieuses tentures fit deux heureux : le curé Gachot qui se promit de « ne plus les confier à des mains étrangères », et l’abbé-archéologue Straub qui avait supervisé la restauration des tapisseries, reléguées encore quelques années auparavant au fond d’une chapelle à cause de leur état de vétusté prononcé.