Un artiste de renom international à Neuwiller

CATEL par Hensel Wilhelm
Franz Ludwig CATEL (1778-1856), par HENSEL Wilhelm,
(Deutsche Fotothek Dresden)

La position était des plus inconfortables. Juché sur son échafaudage tel un moderne Michel-Ange, l’artiste peignait de longues heures, la tête rejetée en arrière, si bien qu’au bout d’une semaine déjà, ses cervicales imploraient grâce. Heureusement, l’exécution de la fresque allégorique commandée par Son Excellence le Ministre de la Guerre pour décorer le plafond de sa salle de bal se ferait par intermittences. Le peintre avait déjà tracé les esquisses de Parnasse, Apollon, Pégase et des neuf Muses selon le projet approuvé par son commanditaire. Sur les tablettes que lui tendait Phoebus, la Muse de l’Histoire inscrivait consciencieusement les noms de la parentèle de Clarke tombée pour la France : Jacques Elliott, fauché à l’âge tendre au pont d’Arcole en 1796 ou encore le colonel William d’Alton abattu d’un coup de fusil à bout portant au passage du Mincio en 1800.

Lorsqu’il était arrivé à Neuwiller, le 5 avril 1808, le talent du peintre berlinois Franz Ludwig Catel était déjà reconnu même si son art s’acheminait encore vers sa pleine maturation. Sa notoriété, naissante dès 1799, lui avait ouvert les portes de l’Académie de Berlin au moment où le général Clarke prenait ses fonctions de Gouverneur de la Prusse. Grand voyageur comme nombre d’artistes, ce fils de huguenot exerça d’abord son talent en Suisse avant de s’établir à Paris pour parachever sa technique.

À son retour en France, le général se piqua d’employer Catel pour la peinture d’une fresque au plafond du second étage de la Prévôté de Neuwiller. L’artiste n’était pas en situation de refuser une commande de cette importance, a fortiori lorsque aucun délai impératif ne lui était signifié. Il fit donc ses bagages pour l’Alsace et posa ses malles dans la maison de Catherine Berger, la veuve de François Peter, redevable de ce bienfait à son gendre Henri Linsler, le fidèle domestique du général. Le peintre se mit au travail, n’ayant aucun scrupule à délaisser périodiquement son chantier pour reprendre la route de Paris, si bien que son dernier coup de pinceau ne sécha qu’en 1811.

Catel fixa alors son séjour en Italie pour le restant de ses jours. Ses voyages successifs à Pompéi, en Sicile et à Naples inspirèrent ses paysages baignés d’une subtile lumière à la manière des vedute. Resté sans descendance mais ayant amassé une belle aisance financière, il consacra toute sa fortune à une fondation pour jeunes artistes, le Pio Istituto Catel qui existe toujours à Rome.

Qui se souvient encore aujourd’hui qu’un artiste de renommée internationale séjourna à Neuwiller ? Et pourtant, il y a non seulement semé une once d’un talent prometteur mais confié aussi à notre terre le repos éternel de sa première épouse, Sophie Frédérique Kolb, décédée ici le 14 octobre 1810 à l’âge de 31 ans.