La détresse d’un instituteur de Neuwiller

Neuwiller, 29 octobre 1824
8 heures du soir.


"... Je ne puis me résoudre à rester plus longtemps dans la maison d’école ; je courrais le risque d’être enseveli avec ma famille sous ses décombres. La toiture entière, qui penche sur le devant, menace de s’écrouler. La charpente étant dans un état extrêmement frêle, ne pourra plus résister à des coups de vent tels qu’elle en a essuyé la nuit passée. A cette heure même que j’écris, la pluie continue à entrer en abondance dans la maison. Rien n’en est à l’abri, chambres, cuisine, vestibule, cave, étable, tout est exposé à ses dégâts. Dans ma principale chambre qui est au rez-de-chaussée, l’eau est tombée pendant la nuit sur mon piano. C’est la quatrième fois que cela a lieu. La farine est réduite en pâte dans une autre chambre au premier étage. Un courant d’eau a traversé le vestibule toute la journée, entrant par les latrines et sortant par la porte d’entrée. Il est superflu de parler de l’infection que cause cet écoulement. Cette malpropreté a lieu toutes les fois qu’il vient à tomber une pluie tant soit peu abondante.

Ce soir, il nous a été impossible de préparer nos aliments comme à l’ordinaire, attendu que l’eau, entraînant avec elle la suie de la cheminée, tombait sur tous les points du foyer.

Il serait trop long à vous parler de la peine qu’on a à retirer l’eau de l’étable où elle s’accumule ordinairement à la suite des orages. Après une interruption de trois ans, elle a aussi pénétré de nouveau dans la cave.

Dans une position aussi dangereuse que celle où je me trouve, j’espère, monsieur le maire, que vous ne trouverez pas mauvais que je vous prie de me procurer un autre logement ainsi qu’un local où je puisse, en sûreté de vie, exercer les fonctions pour lesquelles je suis appelé. Ce n’est pas seulement pour moi que je vous fais cette demande, c’est aussi dans l’intérêt des habitants de la commune dont la jeunesse m’est confiée.

Votre très humble et très obéissant serviteur,
Schaller, Inst. Prim.
..."

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Plan : ADBR 8E322/M14 -  texte : ADBR 2 OP/TC 177


L’instituteur François-Joseph Schaller (1796-1875), né à Oberbronn d’un père également instituteur, habitait le logement de fonction de l’école catholique, édifiée partiellement sur l’emplacement de l’ancien cimetière. Il enseigna à Neuwiller de 1819 à 1864 dans des classes peuplées de plus de 70 élèves en hiver.
Sa lettre désespérée incita le maire Harbauer à transférer l’école et la famille de l’instituteur dans la Prévôté, spécialement louée à cet effet, dans l’attente de la construction d’une nouvelle école catholique, projet plusieurs fois mis en discussion mais qui ne verra jamais le jour.