Le nuage toxique qui fit pschitt

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Quel rapport, me direz-vous, entre l’éruption d’un volcan de la lointaine Islande et Neuwiller ? Aucun, a priori. Or, cette question n’est pas aussi saugrenue qu’elle le paraît de prime abord. Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, le saupoudrage des poussières du volcan Eyjafjöll sur l’Europe provoqua une gigantesque pagaille dans le trafic aérien. Et, plus récemment encore, lorsqu’un nuage suspect en provenance du Japon folâtra dans le ciel français, on assista à un début de ruée panique sur les compteurs Geiger et les pastilles d’iode !


Mais revenons à notre propos. Le 8 juin 1783, le volcan islandais Laki se mit à vomir une impressionnante coulée de lave. Il dégagea en même temps dans l’atmosphère une telle quantité de sulfates que, dans l’année qui suivit, le cheptel ovin de l’île périt dans sa presque totalité, provoquant une famine fatale à 20% de la population insulaire.

Les vents poussèrent ensuite cet épais nuage sulfuré vers le continent. Il glissa au-dessus de la Norvège et de la Prusse puis arriva à hauteur de Paris le 20 juin. En entrevoyant un soleil « couleur sang » à travers ce brouillard mystérieux, les populations crurent à un courroux du Ciel. Beaucoup d’Européens succombèrent aux effets toxiques du fluor et du dioxyde de soufre qu’il charriait. Les historiens estiment aujourd’hui à un tiers la surmortalité dans les mois qui suivirent, soit plusieurs dizaines de milliers de décès. A ces effets dramatiques se conjugua un dérèglement climatique : l’hiver suivant fut si rigoureux « qu’on ne se souvient pas d’en avoir subi de pareil depuis trente ans » ; au printemps 1784, des crues inhabituelles furent consignées dans toutes les annales et l’été fut caniculaire avec des orages aussi spectaculaires que violents.

Lorsque ARTE diffusa un documentaire sur cet épisode, je voulus savoir si Neuwiller avait été affecté jadis par le passage de ce nuage apocalyptique. La vérification en était plutôt aisée : il suffisait de consulter les registres paroissiaux des années 1780 à 1786 pour vérifier si un nombre anormal de décès y avait été consigné par rapport aux années précédentes et suivantes. Et là, ô surprise : aucun signe d’une quelconque anomalie ! De 45 décès en moyenne entre 1780 et 1782, et 41 entre 1784 et 1786, on n’en relève que 31 durant l’année 1783. Dans l’hypothèse d’un effet à retardement, celle de 1784 n’en compte pas plus de 38. Il est donc permis de conclure que Neuwiller échappa à ce désastre humain et écologique.

Aussi, en guise de clin d’œil résolument optimiste en ces temps incertains, préconiserai-je de garder votre sang-froid lorsque les médias prédisent des cataclysmes anxiogènes puisque l’Histoire nous apprend que… le pire n’est pas toujours certain à Neuwiller.