Ces énigmes gravées dans la pierre...

Nombre d’anciennes maisons en pierre de taille portent gravés sur leurs linteaux des symboles, des dates, des initiales. Celles à pans de bois les arborent de préférence sur leurs poteaux corniers. Ces inscriptions traduisent non seulement la fierté des propriétaires bâtisseurs, mais nous renseignent aussi quelquefois sur leur statut social.

Inscription

La photo qui illustre cette chronique en est un exemple intéressant. Cette maison du XVIIIe siècle, comme l’indiquent leurs initiales amoureusement gravées dans un coeur, fut bâtie par Henri Willems et son épouse Elisabeth Bienfait.
Henri Willems, natif de Lommel, région flamande de Belgique, épousa Marie Elisabeth Bienfait, à Neuwiller, le 31 janvier 1758. L’origine de l’époux ne doit pas nous étonner : à l’époque du Chapitre, beaucoup d’étrangers en provenance des pays limitrophes fréquentaient, voire s’établissaient quelquefois à Neuwiller. Le couple eut neuf enfants dont trois seulement atteignirent l’âge adulte.
Le 4 au-dessus du cœur nous confirme l’appartenance du propriétaire à la corporation des marchands. Les commerçants avaient adopté le chiffre 4 qui, selon les connaisseurs, serait une stylisation de la croix dont usaient les illettrés pour signer un acte, stylisation rendue nécessaire pour éviter toute confusion avec le symbole chrétien. A voir cette belle maison de maître, le doute n’est pas permis : le commerce de draps d’Henri Willems était florissant !
Depuis la destitution du prévôt Claude Weyd en 1763 et son remplacement contesté par Gaspard Feyler, Neuwiller traversait une sévère crise municipale. La nomination de Jacques König - donné pour affidé de Weyd - n’assura qu’une transition turbulente : les rancoeurs étaient encore trop à vif. La désignation d’Henri Willems comme Schultheiss (écoutète, prévôt), vers 1776, « un des plus braves bourgeois de l’endroit », ramena enfin un peu de calme dans la vie communale. Le nouveau prévôt baragouinait seulement la langue locale, « étant né Hollandais », mais chacun reconnaissait volontiers qu’il avait une longue « expérience dans le calcul ».
Durant ces années agitées, Henri Willems compléta son négoce en tenant cabaret dans sa maison – « 
der drei König Wirt ». Après son décès, le 15 avril 1784, son épouse céda la maison à leur fils Jacques à l’occasion de son mariage en 1790. La vocation d’auberge perdura et s’affirma jusqu’au XXe siècle (« Zum Schwan », 1910).
À toi maintenant, promeneur curieux, de lever les yeux pour localiser cette maison du « Bourg » !