Les halles ou « Lauben » de Neuwiller


La richesse du passé historique de Neuwiller est un lieu commun. Son foisonnement est tel pour l’observateur averti que ses vestiges se nichent parfois dans les endroits les plus insoupçonnés. Ainsi, lorsque mon voisin m’entraîna un jour dans la cave du n° 6 de la rue du 22 novembre, je ne m’attendais pas à y trouver une étonnante colonne de grès sur laquelle une inscription gravée nous renseigna sur sa possible provenance.
Au Moyen-Age, l’abbaye tenait à l’extérieur de ses murs un marché du lait, du beurre et du fromage appelé « Käsmark ». Il s’étendait à ciel ouvert le long de la Marxgass (aujourd’hui rue du général Koenig), de la porte d’entrée du couvent jusqu’à la maison angulaire (anciennement « Anker »). A la place de ce restaurant s’élevait jadis une halle au lait dénommée « Milchlaub » qui prolongeait ce marché. Cette « Laube », construite en 1354 et adossée au mur de l’enclos, se présentait sous la forme d’un espace ouvert dont la toiture était soutenue par des colonnes en grès. La Milchlaub fut démolie vers 1630 pour laisser la place à une grange et à une maison édifiée avec de « grosses pierres rouges carrées » qui devint plus tard celle de l’instituteur et sacristain Jean Georges Berger (1682-1751). L’habitation du maître d’école catholique fut démolie à son tour au moment de la construction de la maison actuelle, en 1765.
Mais l’antique pilier qui nous occupe provient vraisemblablement d’une seconde halle existante à Neuwiller à cette époque. Elle s’élevait vis-à-vis de la porte d’entrée principale du couvent. Cette « Gerichtslaube », également ouverte, servait de lieu de justice depuis 1229. En 1537, on la suréleva de deux étages pour y établir la « Bürgerstube » avec une salle de réunion pour la Communauté. Il paraît qu’à l’un de ses piliers était fixé un carcan double qui permettait d’exposer simultanément au pilori deux condamnés placés dos-à-dos. La halle céda la place à la mairie actuelle en 1780. On conserva toutefois le vieux carcan et on le scella symboliquement à un angle du nouvel édifice. La mystérieuse colonne de grès est très susceptible de provenir de cette démolition puisqu’elle mentionne les noms de deux échevins : Thomas Held, Stettmeister, et Hans Huck, qui sera un temps « Stubenwirt » c’est-à-dire cabaretier du nouveau poêle commun. Sa réutilisation ultérieure dans une maison construite vers la même époque renforce cette présomption.
Certes, ce genre de découverte fortuite relève de l’histoire intimiste et n’éclaire qu’un simple point de détail qui ne passionne que les historiens, mais elle démontre aussi que la ville n’a pas encore dévoilé tous ses secrets. Et si le prochain vestige méconnu se cachait chez vous ?

1606 Pilier Laube

Le pilier circulaire de la cave porte l’inscription : « Anno 1606, als Thoman Held Stetmeister und Heimeyer Hans Huck war, ist die Laub geplastert worden. » Un second pilier, présumé d’une provenance similaire, s’élève dans la cour du n° 9 de la rue du général Koenig.

Le « Heimeyer » est probablement une variante de l’appellation du « Heimburger », le gestionnaire des comptes locaux désigné habituellement pour une année.