Il y a 70 ans : Neuwiller libéré!


Depuis le débarquement des Alliés en Normandie, le temps semblait avoir suspendu son vol. Cependant, chacun entretenait intimement l’espoir : « Sie werden kommen ! Sie kommen ! ».

Vers la fin de l’été enfin, les contours d’une offensive alliée sur les Vosges et l’Alsace se dessinèrent. Le 31 août au matin, l’aviation américaine mitrailla un train arrêté près de la gare, faisant quatre blessés. L’opération fut reconduite le 3 septembre au soir sur un train militaire en provenance de Rastatt avec un bilan plus lourd : sept soldats allemands tués et enterrés le soir même dans une tombe commune au cimetière catholique. Sept à huit cents « 
Hitlerjungen » campaient à ce moment-là près de la gare, réquisitionnés par le Reich pour creuser des tranchées. Il y eut plusieurs blessés parmi eux et un mort, le dénommé Otto Karl Herrmann, apprenti serrurier à Heidelberg. Le 14 novembre, un général allemand avec son état-major s’installa au « Ferienheim » (Bosco). Le 18, nouveau mitraillage aérien d’un train dont une balle traçante provoqua l’incendie de la grange de Louis Siegrist. Le 21, à neuf heures du soir, les Allemands se résignèrent enfin à évacuer le village.

Le 22, sous une petite bruine, le détachement français Compagnon quitta La Petite Pierre où il était arrivé la veille. Devant Neuwiller, il se heurta à une vive résistance allemande et fut immobilisé par des canons de 88. Après plus d’une heure de combat, les soldats allemands qui résistaient encore furent faits prisonniers ou s’enfuirent dans la forêt. Vers dix heures trente, les premiers blindés s’arrêtèrent brièvement devant la mairie. Les habitants sortirent de leurs abris de fortune pour les acclamer et furent soulagés d’avoir affaire à des Français. L’escadron repartit ensuite promptement en direction de Saverne.

Poussés par la curiosité, quelques jeunes gens se rendirent à l’intersection de la route vers La Petite Pierre et Weiterswiller. Ils s’amusèrent sur les canons antichars abandonnés par les Allemands jusqu’au moment où les balles traçantes d’un char français leur rappelèrent que la guerre n’était pas un jeu. En s’enfuyant vers le village, l’un d’eux, Robert Cleiss, fut mortellement blessé au ventre : il n’avait que 16 ans ! Une seconde victime civile, la petite Marie Rose Briwa, 6 ans, succomba le 24 novembre, après avoir été renversée par un char.
Au cours de la Libération, Neuwiller n’eut pas à déplorer d’autres dommages collatéraux si ce n’est… un bœuf tué dans son étable par une balle perdue ! Immédiatement après le départ des Français, les portraits du Führer et les drapeaux à croix gammée de la mairie furent décrochés et jetés dans la rue. Un conseil municipal provisoire se constitua sous la direction d’Adolphe Eisenecker. L’une de ses premières décisions fut le changement de dénomination de plusieurs rues en mémoire du jour de la Libération.

Après un premier contingent américain, d’autres troupes arrivèrent au village le 11 décembre. Quantité de camions encombrèrent la place du Chapitre, endommageant au passage une douzaine d’arbres de l’allée. Nouvelle frayeur en janvier 1945 : les Allemands avaient lancé une contre-offensive. Les Alliés décidèrent de tenir coûte que coûte le front de la Moder. Des soldats américains prirent leur quartier à Neuwiller. La buanderie du château servit de P.C. Le Ferienheim, les salles de classe et la cour du Chapitre grouillaient de militaires. Les derniers Américains quittèrent la commune le 19 mars 1945, en laissant derrière eux une drôle d’habitude : mâcher une gomme qu’ils appelaient chewing-gum.

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Après la Libération (photo aimablement communiquée par la famille Ramspacher)