Le maire Boeswillwald


Neuwiller a eu trois maires officiers : le général de division d’artillerie baron Jean Philippe Raymond Dorsner (1750-1829) de 1811 à 1815, le colonel d’infanterie baron Charles François Louis Hannibal Jean Bernard de Reissenbach (1786-1861) de 1843 à 1849 et le lieutenant-colonel d’infanterie Charles Guillaume Boeswillwald (1855-1937) de 1925 à 1935.
Boeswillwald était né à Strasbourg le 2 septembre 1855 d’un père négociant et de Louise Valérie Braunwald. Lorsque l’Alsace devint allemande après la défaite de 1870, le jeune homme opta pour la nationalité française, fit élection de domicile à Versailles et s’engagea comme simple soldat au 67
e régiment d’infanterie. En 1876, il était adjudant et trois années plus tard sous-lieutenant. Après son passage au grade de lieutenant, il prit un commandement dans le 2e régiment étranger avec lequel il fit la campagne d’Algérie de 1885 à 1888. A son retour, il passa au 37e régiment d’infanterie dans lequel il termina sa carrière avec le grade de lieutenant-colonel. En 1894, il avait été promu chevalier de la Légion d’honneur, puis élevé au grade d’officier de l’Ordre en 1915.
Boeswillwald vint s’établir à Neuwiller après la Première guerre mondiale pour goûter une retraite paisible dans une Alsace redevenue française. Mais cet homme entreprenant n’était pas forgé pour l’inactivité. En 1925, il fut élu au conseil municipal et accéda d’emblée à la fonction de maire de la commune en remplacement de Jacques Wirth (1863-1937). De 1926 à 1931, il siégea également au Conseil d’arrondissement.
L’une de ses premières initiatives fut l’organisation d’un cours du soir pour les jeunes afin qu’ils puissent perfectionner leur pratique de la langue française. Pour assurer le succès de son opération, il interdit l’ouverture des salles publiques durant les heures de cours.
L’année suivante, sous l’impulsion de son épouse Marthe Siat, originaire de Nancy, il organisa des cours de couture au Ferienheim (Bosco) durant les soirées d’hiver à destination des jeunes femmes. Il engagea Sœur Majula de Strasbourg, spécialement formée à cet enseignement. Le succès fut immédiat malgré les 25 F mensuels demandés à chaque participante. Les filles des deux confessions se laissèrent séduire par cet apprentissage qui, avec son initiation à l’utilisation d’une machine à coudre, dégageait un parfum de modernité.
Lors des élections municipales de 1929, Boeswillwald fut réélu dès le premier tour avec 156 voix. Durant ce mandat, il s’engagea en faveur d’une commémoration qui lui tenait particulièrement à cœur : celle du Tricentenaire du rattachement de Neuwiller à la France. Le bruit inquiétant des bottes qui se faisait entendre crescendo Outre-Rhin ne lui disait rien de bon et ce symbole de l’union de l’Alsace avec la communauté nationale française lui paraissait d’autant plus important que chez nous les sympathies nazies n’hésitaient plus à s’exprimer ouvertement, particulièrement du côté de Hunebourg.
En 1935, le Conseil municipal lui renouvela sa confiance par 8 voix contre 3 à Auguste Ganster, mais Boeswillwald invoqua son âge pour décliner l’honneur qui lui était fait : il avait 80 ans. Au second tour de scrutin, Auguste Ganster recueillit l’unanimité des suffrages.
Le couple Boeswillwald était très apprécié dans la commune. Mari et femme passaient pour des gens simples, sympathiques et dévoués. Les beaux-parents Siat venaient régulièrement de Nancy pour chasser à Neuwiller et logeaient à l’hôtel-restaurant Bauer durant leur séjour. Par son désir d’intégration dans la communauté villageoise, madame Boeswillwald s’était efforcée de parler le dialecte mais elle ne réussit à le baragouiner qu’avec beaucoup d’approximations. Ainsi, lorsqu’elle voyait son fils un peu trop sensible aux charmes des belles Neuwilleroises, lui disait-elle :
« 
- Miggi, lass der Maïde gehn un hol e langer Brot ! » (Miggi, laisse les filles tranquilles et va me chercher un pain long !)
L’ancien maire s’éteignit le 27 octobre 1937. Cette disparition rendit la vie matérielle de sa veuve un peu moins facile. Aussi, quand elle se trouvait momentanément à court d’argent, disait-elle à ses voisins :
« -
Quand j’ouvre la « Schüblad » (tiroir), je vois qu’elle est « laar » (vide) et je pense alors que mon mari est mort ! »
Outre sa Légion d’honneur, le lieutenant-colonel était encore titulaire de la Croix de guerre, décoré des Palmes académiques et du Mérite agricole.
Charles Boeswillwald était un membre actif du Souvenir français fondé en Alsace en 1872. Cette association a vocation d’entretenir la mémoire de ceux qui sont morts pour la France ou l’ont bien servie et à veiller sur la pérennité de leurs sépultures. De ce point de vue, son choix de se fixer à Neuwiller fut des plus judicieux.

Zaberner Wochenblatt N° 134 du samedi 07-11-1925, N° 059 du jeudi 16-05-1929 et N° 129 du 28-10-1937
ADBR 8E322/D11
René Reiss, Chronique neuwilleroise « Une commémoration au parfum politique », Neuwiller-info avril 2010 (ainsi que sur ce site)

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Le Maire Boeswillwald durant une remise de médailles lors du cinquantenaire du corps des sapeurs-pompiers en août 1928. Outre le Maire ceint de son écharpe, on reconnaît de gauche à droite : le lieutenant Bottlaender, le sous-lieutenant Adolff P, le sergent-major Roos J, le sergent-fourrier Schlemmer G, le sergent Bankhauser Ch, le sergent Brini Ch, le sergent Bauer G, le caporal Ercker, le caporal Braun G, le caporal Roos Ch, le caporal Schrepfer et le caporal Weingaessel.


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La famille Boeswillwald habitait au 2, faubourg du maréchal Clarke.