Histoire de clocher


Il aura fallu un violent orage dans la nuit du 25 au 26 décembre 1810 pour que l’expectative cédât la place à l’urgence : la flèche de l’église de St-Adelphe penchait dangereusement vers l’Est et menaçait de s’effondrer sur les habitations voisines. A peine un mois auparavant, le maire Dorsner avait déjà envisagé la reconstruction de cette flèche en la surmontant d’un coq pour 6 300 F, une somme importante pour la commune.
Le baron Dorsner envoya sans tarder un messager à Strasbourg pour demander à l’architecte du département de venir promptement à Neuwiller rendre son verdict. Dans son rapport, Reiner décrit l’état désastreux du clocher : « 
La flèche ou toiture de la dite tour qui est élevée de passé 23 mètres, a les deux tiers de ses ardoises enlevées ainsi que la presque totalité des plombs sur ses arêtes. Il y a, au milieu de la tour, vers l’Ouest, une ouverture de passé 1,60 mètres de largeur sur 4 à 5 mètres de hauteur où, non seulement les ardoises, mais aussi les planches sont enlevées en grande partie sur les copeaux de sorte que les eaux de pluie peuvent entrer de tout côté et que les vents, venant à s’engouffrer dans l’intérieur de la charpente du temple par ces grandes ouvertures, peuvent parvenir facilement à culbuter la charpente de cette flèche, considérable par sa masse et dont la chute pourrait enfoncer les maisons voisines, ce qui est d’autant plus à craindre que la dite flèche penche déjà très sensiblement vers l’Est. » (ADBR 2OP/TC177)
Après la Révolution, les catholiques avaient déserté le chœur et le transept pour se replier sur leur spacieuse abbatiale, laissant au temps son inexorable œuvre de sape qu’aucune réparation n’était venue contrecarrer. Le constat fut unanime : « 
Il paraît indispensable de démolir promptement cette flèche pour prévenir sa chute spontanée ainsi que les dégradations et accidents qui pourraient en résulter. »
Il n’y avait donc plus à tergiverser. Pour protéger la Bürgerglock à laquelle les Neuwillerois étaient très attachés, le conseil municipal choisit l’apposition d’une toiture surbaissée sur le clocher. Un crédit fut ouvert au budget de 1811 pour « 
la reconstruction de la tour de l’église ». Mais en 1819, on déplora déjà qu’« à l’église protestante, il y a une partie de la toiture ainsi que du mur écroulé et sa flèche se trouve sans toiture », observation en contradiction avec les croquis de l’époque qui montrent le clocher coiffé d’une toiture surbaissée. Deux années plus tard, le chœur était effondré et sa vente fut décidée.


Clocher St-Adelphe


En 1843, avec l’accroissement de la population luthérienne, le conseil municipal décida d’agrandir l’église protestante en réunissant à nouveau la nef principale au transept qui servait depuis une vingtaine d’années de bûcher et de remise pour les pompes à incendie. Pour redonner à l’édifice son élégance d’antan, le rétablissement de la flèche s’imposait. L’architecte de l’arrondissement préconisa d’abord une flèche carrée de 10 mètres de hauteur, mais sur l’insistance obstinée de la population, le maire Reissenbach parvint à imposer au Préfet une flèche octogone de 15 mètres pour un surcoût de 750 F. C’est celle qui coiffe encore le clocher aujourd’hui.