L’instauration du simultaneum


On tambourina à la porte du presbytère. Le pasteur Jean Georges Wegelin (1647-1711) entrebailla prudemment le battant et se trouva nez à nez avec un grand gaillard armé d’une épée. Quatre cavaliers et un secrétaire l’accompagnaient.

« - Par ordre de Sa Majesté, vous êtes en état d’arrestation. »
Depuis la reddition de la ville libre de Strasbourg en 1681, l’emprise de la France sur la province se faisait de plus en plus sentir. En octobre, le prévôt Lambert de Laër, vicaire général, avait assisté son évêque lors de la reprise de la cathédrale, consacrée depuis 1521 au culte protestant. Dès ce moment, l’obsession de récupérer l’église de St-Adelphe ne quitta plus le prélat de Neuwiller. Ce sera chose faite le 31 août 1683, avant même la circulaire du secrétaire d’Etat Louvois qui entendait réserver le chœur des églises au culte romain à partir du moment où sept familles catholiques habitaient une commune. Après une grand-messe, le prévôt annonça à ses ouailles qu’il venait reprendre possession du chœur et du cimetière de St-Adelphe en vertu d’une autorisation spéciale du Roi. L’instauration d’un simultaneum se matérialisa dès le 2 septembre par l’édification d’un mur séparant la nef du chœur. Le comte de Hanau-Lichtenberg, resté fidèle à la Réforme, mais désormais vassal du roi de France, demeura coi.

La révocation de l’Edit de Nantes, en 1685, marqua une nouvelle étape, même si le culte luthérien ne fut pas interdit en Alsace. Encouragé par cette politique favorable à la limitation de l’influence du protestantisme, le prévôt Lambert de Laër déclara ouvertement la guerre au ministre luthérien. Soutenu par l’Intendant d’Alsace de La Grange, il obtint un ordre d’arrestation qui fut exécuté le 18 mars 1686.

Le pasteur Wegelin, laissant son épouse en pleurs et enceinte de son cinquième enfant, monta à cheval. Accompagné d’un bourgeois de Neuwiller, il fut conduit d’abord à Bouxwiller puis directement à Strasbourg où il fut remis au commandant de la prison, une haute tour bordée d’eau « 
in der Gegend des so genannten Wördels, in welchem unlustigen Quartier ich in die Verhörstuben einlogiert, und der ordinairen Wacht des Turmhüters überlassen ». Le pasteur resta prisonnier quinze jours durant, jouissant de la liberté de recevoir qui il voulait. Début avril, le professeur Scheid se présenta à la prison avec une voiture et deux chevaux pour accompagner son ami en exil de l’autre côté du Rhin.

Le pasteur Wegelin resta dans l’ignorance du motif précis de son arrestation, mais supputa une manœuvre sournoise du prévôt Lambert de Laër. Sur l’ordre signé de l’Intendant de La Grange étaient simplement mentionnés « 
des discours dans ses presches contre la Religion Catholique ».

Wegelin retrouva un poste de pasteur à Leutkirch im Allgäu où son ministère s’acheva avec sa vie en 1711. Il fut remplacé à Neuwiller par son confrère Jean Georges Nöllner. Le simultaneum, lui, ne prit fin qu’après la Révolution (1802).

Lambert de Laer
Le prévôt Lambert de Laër sculpté sur la chaire de la Collégiale de 1684