Quand Neuwiller revêt ses habits de lumière


Le lundi 4 septembre 1865 fut célébrée la fête du millénaire en commémoration de la translation des reliques de St-Adelphe à Neuwiller vers l’an 826.

Pour la circonstance, le vicaire, l’abbé Grosstephan, avait dirigé l’ornementation de l’abbatiale de main de maître. Au fond du chœur, au milieu de l’ogive, était suspendu un grand écusson surmonté d’une mitre, insigne de la dignité épiscopale tandis que des pots de fleurs garnissaient le haut de la boiserie. Tout le long du mur, une inscription à gros caractères proclamait : « St-Adelphe, ora pro nobis » (St-Adelphe, priez pour nous). Dans toute sa longueur, la nef était ornée de guirlandes et de fleurs ainsi que les fenêtres et les deux chapelles latérales. De longues oriflammes pendaient aux colonnes centrales. Les vieilles tapisseries de la fin du XVe siècle, fraîchement restaurées et exposées aux murs des bas-côtés, excitaient l’intérêt et l’admiration des visiteurs venus en nombre à Neuwiller ce jour-là (Ces tapisseries seront d’ailleurs demandées pour l’Exposition Universelle de Paris deux années plus tard). La chapelle où reposaient les reliques avait été particulièrement soignée : drapeaux rouges de soie ornés de toiles d’or et surmontés d’une mitre, voûte parsemée d’étoiles, guirlandes aux murs. Un grand arc de triomphe avait été dressé devant le portail de l’église et huit belles oriflammes flottaient sur la tour. Le temps était magnifique.

Dans la paroisse, l’enthousiasme pour cet événement était général. Les fidèles avaient pavoisé leurs maisons de verdure, dressé des arcs de triomphe dans les rues bordées de branches d’arbre et le pavé était copieusement jonché de fleurs.
Le grand vicaire Rapp prêcha le sermon en choisissant les paroles du 33
e Psaume de David avant d’entamer la procession solennelle qui se mit en branle au rythme des litanies des saints. Les chants alternaient avec la musique qui exécutait des marches auxquelles se mêlaient la sonnerie des cloches et le bruit du canon. Quatre prêtres, revêtus de dalmatiques, portaient la châsse renfermant les reliques. Elle était richement décorée et surmontée d’un dôme « tout éclatant d’or et dans lequel se reflétaient les rayons du soleil ». Une grand-messe de musique célébrée par le curé de Schaeffersheim, assisté de vingt autres ecclésiastiques, clôtura la cérémonie du matin.

Le soir, à vingt heures, les strophes des chantres grimpés dans la tour de transept répondirent aux hymnes des musiciens de la ville tandis qu’on « 
entendait le canon dont l’écho retentissait longtemps dans la montagne du Herrenstein ». Une grande croix, tout en feu, ornait la façade de l’église. La tour était illuminée avec une multitude de lampions et embrasée par des feux de Bengale du meilleur effet. Une vingtaine de lanternes coloriées s’évertuaient à éclairer la cour du Chapitre. Une mention particulière revint aux « pauvres » catholiques de la Waldgass qui s’étaient surpassés pour la circonstance : leur ruelle ressemblait à un torrent de feu.

A dix heures du soir, le silence se rétablit progressivement dans la cité. La foule se dispersa par petits groupes, une nouvelle lumière dans les yeux, une foi régénérée dans le cœur.

Buste St-Adelphe


Source : Nouvel Alsacien du 9 septembre 1865
Photo : Buste reliquaire de St-Adelphe avec son église, en bois de tilleul doré datant de la fin du XVIIe siècle.