Philippe le tambour


Aujourd’hui, à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, l’information circule à une vitesse stupéfiante. Au XIXe siècle et avant, rien de tout cela. Une bonne partie de la population était encore illettrée et seuls quelques notables étaient abonnés à des journaux. Comment, dans ces conditions, faire passer l’information municipale indispensable ?

Pour ce faire, Neuwiller avait recours à un tambour communal, le « gemein Trommenschläger », qui prêtait sa voix tonitruante pour diffuser les avis à la population, les décisions de l’exécutif municipal, les arrêtés du préfet et du sous-préfet, les dates de ventes de bois, d’ouverture des vendanges ou de paiement des contributions.

Son tambour battant sa cuisse au bout de son baudrier de cuir, les baguettes à bouts cuivrés dans une main, le tambour communal se déplaçait à pied dans les rues de la ville et s’arrêtait aux endroits prédéfinis et bien connus de la population. Lorsque le roulement sonore se faisait entendre, les gens sortaient sur le pas de leur porte, s’accoudaient aux fenêtres ou faisaient cercle autour de l’appariteur. Quand l’attention de son auditoire lui semblait acquise, le tambour débitait ses annonces du jour. Un second roulement clôturait son intervention. Chacun s’en retournait alors vaquer à ses occupations ou, au contraire, commentait avec ses voisins les nouvelles qu’il venait d’apprendre.

Le plus ancien « 
Trommenschläger » (tambour) que j’ai pu relever s’appelait Pierre Kand, en 1639. Son fils Hans Philippe remplissait les fonctions de portier de notre ville. En 1662, ce dernier épousa Christine Gutbub. Le pasteur de l’époque nota que la mariée était enceinte au moment du mariage. Et pas qu’un peu : elle accoucha deux jours plus tard d’un garçon mort-né !

Les archives ont également gardé le nom d’un autre de ces tambours. Il se nommait Philippe Kilian (1782-1852). Il faisait partie de cette lignée de Kilian qui ont exercé la profession de boucher dans notre commune. Philippe avait épousé Marguerite Huntzinger (1785-1862) de Dossenheim en 1805. Elle lui avait donné six enfants dont deux moururent en bas-âge.
Philippe est cité comme « 
Trommenschläger » dès l’an 8 (1800) avec un salaire de 50 F par an. Il était toujours en service en 1809 et gratifié d’une petite augmentation à 55 F. Il exerça cette activité d’appoint jusqu’à la suppression de la fonction.

Source Histographe
Illustration Histographe.