Messti d’antan


Au début du XXe siècle, les occasions de s’amuser demeuraient somme toute encore rares dans nos communes rurales et l’organisation d’un Messti servait opportunément d’exutoire au besoin d’évasion des difficultés de la vie quotidienne. Le Messti se prolongeait trois jours d’affilée, du dimanche au mardi, le « Messtidienstag » accueillant la foire annuelle d’octobre où chacun faisait ample provision de « Griesbacher Kraut ».

Tout commençait par l’adjudication du Messti par la commune, enchéri la plupart du temps par un aubergiste du lieu. Le « 
Messtiwirt » organisait alors une seconde adjudication dans son local parmi les « Messtibuben ». Le plus-disant se voyait désigné chef des festivités locales et arrangeait cortèges et bals, achetait et mettait aux enchères le fameux « Messtihammel ».

Le dimanche, après la messe et le culte, le joyeux cortège se mettait en branle dans les rues de la ville avec à sa tête la musique, suivie d’écoliers endimanchés. Deux énormes pains d’épices précédaient le « 
Messtihammel » attifé de rubans multicolores et suivi par les « Messtibuben » brandissant chacun une bonne bouteille de vin. Le cortège se rendait d’abord au domicile du Maire auquel, après une aubade, on offrait l’un des pains d’épices géants avant de trinquer avec lui et de l’inviter aux différents bals avec sa famille. Le premier magistrat répondait à l’honneur qui lui était rendu en ouvrant généreusement les portes de sa cave où les jeunes gens s’empressaient de remplir à nouveau leurs bouteilles déjà copieusement entamées. La même scène se reproduisait chez l’Adjoint au Maire. Le cortège rejoignait ensuite le « Messtiwirt » pour ouvrir le bal et l’on dansait jusqu’au matin. Et l’observateur averti pouvait affirmer sans crainte d’être démenti que : « Manchem Mütterlein ist über diese Tage das Betten erspart geblieben. »

Sur la place du Chapitre, manèges divers dont le traditionnel « 
Schiffschauckel », stands de tir et de confiseries, assuraient l’animation et chacun puisait jusqu’au fond de ses poches les maigres ressources nécessaires aux réjouissances.

Le Messti n’était pas seulement réservé aux habitants du lieu. De nombreux amateurs de festivités rejoignaient Neuwiller par le train, formant une procession ininterrompue depuis la gare jusqu’au centre du bourg. L’alcool aidant, des rixes éclataient souvent entre autochtones et habitants des environs. Ainsi en fut-il, par exemple, en 1924, où le jeune Léon Briwa trouva la mort devant le restaurant « A l’Ancre », poignardé par un jeune de Dossenheim. Quant au valet Emile Sollinger, originaire d’Imbsheim, il se souvint longtemps de son passage à tabac en 1936.



Neuwiller 152