Le prévôt Johannes Schwalm (vers 1525 - 1604)


Des prévôts à fort rayonnement, le Chapitre de Neuwiller en a connu un certain nombre après la sécularisation de l’abbaye, notamment Lambert de Laër (?-1709), Michel Antoine Le Vayeur (?-1788) ou encore Jean François Ange d’Eymar (1741-1807) - pour ne citer que quelques-uns.

Moins connu est Johannes Schwalm, originaire de Frankenberg à environ 300 km de Neuwiller, fils unique d’un exploitant agricole aisé. On trouve peu de traces du jeune Schwalm avant son arrivée à Neuwiller. En 1545, le voilà inscrit à l’université de Marburg comme étudiant en théologie… protestante avant de se convertir au catholicisme. Chanoine en 1553, puis Doyen du chapitre de Neuwiller en 1567, il fut élu Prévôt le 6 juillet 1574 après le décès de Jean Vogt (?-1574) et exercera son autorité jusqu’à sa mort survenue le 22 décembre 1604. Il cumulera cette fonction avec celle de Roi de Chœur de la cathédrale de Strasbourg, devenant ainsi le premier titulaire roturier de cette dignité. En 1602, sentant ses forces diminuer, les capitulaires nommèrent à sa demande un coadjuteur et successeur potentiel en la personne de Jean Wagner (?-1614), pour lors écolâtre de la collégiale.
Durant son administration, le Chapitre instaura notamment un chanoine-curé « 
auquel on peut avoir recours dans le cas de nécessité et qui peut les dimanches exposer l’Evangile aux domestiques du Chapitre et les confesser ». L’ancien cimetière autour de l’église de St-Adelphe fut également abandonné.

Johannes Schwalm, fort attaché à Neuwiller, n’oublia pas pour autant ses origines hessoises et fit venir en Alsace plusieurs membres de sa famille comme son neveu Heinrich auquel il fit d’abord apprendre le métier de menuisier avant de l’accepter parmi les chanoines du lieu (après des études de théologie ?). Mais sa mauvaise conduite et son « 
crime de divination » le fit suspendre en 1613 par le successeur de son oncle. Un autre neveu, Conrad, étudia la théologie, devint chanoine de Neuwiller en 1602 avant son élection au doyenné. Parmi les liens que le Prévôt avait conservés avec sa patrie, notons la solide amitié qui le liait à Rudolph Göckel (1547-1628), natif de Korbach, professeur de philosophie et de métaphysique à l’université de Marburg, surnommé par ses contemporains « le Platon de Marburg ». Le savant professeur lui dédicaça une « disputation » en 1602 par ces mots : « Dem zu verehrenden gelehrten Doktor Johannes Schwalm, Chor-König des Münsters zu Strassburg und Propst zu Neuweiler u.s.w. dem Feund und seinem Vertrauten Rudolph Goclenius, Professor der Philosophie in der Akademie der Hessen ».

En 1583, le Prévôt et docteur Schwalm légua à sa ville natale 500 Gulden destinés aux pauvres avant d’en porter le montant à 1 000 Gulden. Les autorités locales s’engagèrent le 1
er octobre 1596 à placer cette somme à 5% d’intérêts, soit un revenu annuel de 50 Gulden que le Prévôt souhaitait être employé pour 44 Gulden en tissu à distribuer aux nécessiteux de Frankenberg ; 2 Gulden étaient réservés au clergé luthérien et 4 demi-Gulden devaient servir de rétribution aux trois instituteurs et à l’organiste. Les 2 Gulden restants étaient destinés à l’achat de pain blanc pour les écoliers qui, le lundi suivant la Saint-martin, se rendaient en cortège avec leurs maîtres à l’Hôtel de Ville pour toucher leur « Wecken ». Cette distribution était conditionnée au chant préalable d’un Te Deum dans les églises. L’usage de ce legs persista fidèlement durant plus de trois siècles ! Seule l’inflation eut raison du don prévôtal et la coutume s’éteignit en 1919.

La pierre tombale de Johannes Schwalm à Neuwiller fut déplacée en 1904 sous la direction de l’architecte de la cathédrale de Strasbourg Knauth et fixée au mur de droite à l’entrée de l’abbatiale.

Bibliographie : Unser Frankenberger Land, Heimat-Beilage der Frankenberger Zeitung, Volkstum und Geschichte im ehemaligen Kreis Frankenberg, Johannes Schwalm, ein Sohn der Stadt Frankenberg wird katholischer Priester im Elsass von Pfarrer Heinrich Balzer, Frankenberg.




Entablement Schwalm (1)
Fronton Renaissance du monument funéraire de Johannes Schwalm