À la Montagne Verte


Le restaurant « A la montagne verte », 16 rue du général Leclerc, fut une espèce d’institution à Neuwiller, un lieu de convivialité prisé où les hommes et la jeunesse du village venaient se détendre après une semaine de rude labeur. On y buvait sans trop de modération, on tapait des belotes bruyantes et animées, on discutait en cercle autour de l’extrémité du comptoir, mais surtout on se défiait au jeu de quilles situé à l’arrière de l’établissement. Ce bowling était bien connu à la ronde et l’on venait parfois des localités environnantes pour se mesurer aux champions locaux. Si les perdants en étaient quittes à payer des tournées générales, les vainqueurs se partageaient en général un pot commun en fin de manche, gain qui servait le plus souvent à se rincer généreusement le gosier. Mais les gagnants sans coup férir étaient encore ces jeunes garçons rétribués par les joueurs pour remettre en place les neuf quilles renversées. Ce pourboire leur permettait ensuite de « s’éclater » à leur tour au flipper et au baby-foot ou de se constituer un pécule pour le Messti.

Le restaurant servait également de salle de spectacle et de danse à l’étage où une grande pièce avec une scène agrémentée de décors permettait aux associations locales de répéter et de présenter quelques pièces de théâtre du répertoire populaire alsacien. Lors du Messti, il y avait bien entendu bal et l’on servait alors le traditionnel Rosbeef en sauce qui faisait l’unanimité parmi les convives.

La date de construction du restaurant ne m’est pas connue. En tout cas, elle est postérieure à 1843 car le bâtiment occupe le fossé de la ville à l’endroit même où se trouvait la porte dite Zehnthor démolie à cette date. Une inscription sur un poteau en grès près du portail donnant sur la cour arrière porte la mention : F.B. 1884. Si les initiales sont celles de Frédéric Beck, rien ne permet d’affirmer avec certitude que la date est celle de la construction du restaurant. Le père de Frédéric, Jacques (an 9-1872), époux de Catherine Greiner (an 13-1843), s’il se déclare bien « propriétaire » en 1843 et cabaretier en 1846, habite la Metzgass (rue de Metz). Frédéric, lui, se définit comme « Gastwirt » (restaurateur) à partir de 1882.

FB1848

Frédéric Beck, musicien de son état, épousa Catherine Madeleine Herrmann (1849-1921) en 1874. La carte postale ci-dessous, expédiée entre 1906 et 1911, représente le restaurant à l’enseigne « Zum grünen Berg ».

En 1922, après le décès de son épouse, Frédéric Beck donna concession du restaurant pour trois ans à Eugène Koehl, maçon et chef de musique.

En 1926, Joseph Stinus (1893-1945) et son épouse Emilie Berthe Braun reprirent la concession avant d’acquérir le restaurant l’année suivante. C’est surtout Berthel, comme on l’appelait familièrement, qui tenait l’établissement ; son mari s’adonnait encore à son activité de charron et de scieur de bois dans son atelier à l’arrière.

L’affaire fut ensuite exploitée par Juliette Steiner née Schweitzer, Frédéric Albert Michel Lobstein époux de Danielle Graebling, puis en 1976 par Frida Bauer dite Fridel, épouse Jean Charles Schmitt. Le restaurant ferma définitivement en 1993.

En 1995, la maison fut vendue à l’artiste d’origine allemande, Godwin Hoffmann, décédé


01. Restaurant

Je remercie Jean Marie Tafferner d’avoir bien voulu me confier ses précieux souvenirs et Marie-Christine Trembasky-Neveux pour la carte postale.

ADBR 1366W318 - Livre foncier de Neuwiller