La fontaine du Roi de Rome

la fontaine
(Photo de René Reiss)

Comment ? Qu’est-ce à dire ? Une fontaine du Roi de Rome à Neuwiller ?

Eh, pardi ! Et la plus majestueuse de toutes encore, celle de la place du Chapitre !

Tiens donc… Il me semblait pourtant que celle-ci datait de la construction de la Prévôté toute proche (1751) et que le Roi de Rome, fils de Napoléon 1er, n’était né qu’au début du XIXe siècle…– Parfaitement exact. Il n’en demeure pas moins que, sortie mutilée des vandalismes révolutionnaires, cette fontaine nécessita une restauration suffisamment importante pour que la municipalité en appelât aux services de Reiner, l’architecte du département. Et, comme les travaux s’achevaient au moment de la naissance du fils de Marie-Louise, le général-baron-maire Dorsner, n’écoutant que sa soumission à l’Empereur, crut habile de payer de la sorte son modeste écot de courtisan.

Ainsi, il y eut donc une cérémonie ?

Assurément. Le dimanche 9 juin 1811, en début d’après-midi, le Conseil Municipal précédé de la garde nationale, étendards déployés et tambours battant la marche, se rendit en cortège au domicile du Maire - aujourd’hui Hôtel-Restaurant du Herrenstein - avant de se diriger vers l’Abbatiale pour assister à un Te Deum solennel. Ensuite, tout ce petit monde endimanché gagna la place du Chapitre « pompeusement décorée » où le Maire prononça un bref discours d’inauguration, aussitôt traduit en alsacien par son adjoint. C’est au cours de cette harangue amphigourique que le général Dorsner consacra la fontaine à l’auguste rejeton que Napoléon avait gratifié du titre de Roi de Rome dès le berceau. Sitôt achevée la partie officielle, les villageois ne se firent pas prier pour s’étourdir à l’envi des réjouissances annoncées : courses, jeux, danses… Le soir, on alluma des brasiers et, dès la nuit tombée, des centaines de bougies pavoisèrent de leurs flammes vacillantes les fenêtres des immeubles alentours car le Maire avait ordonné pour la circonstance une illumination générale. « L’allégresse a été complète », précisent les archives comme pour balayer d’emblée tout soupçon de scepticisme.
Ajoutons, pour l’anecdote, que les travaux et les frais d’organisation de la fête furent payés avec les 600 francs accordés par le Préfet pour doter une fille à marier qui, en fin de compte avait préféré décliner l’offre, et du produit de la vente de grumes pour la Marine déclarées impropres à cette noble destination.

Alors, tout compte fait, d’après ton histoire, c’est un Aiglon plutôt qu’un cygne qui devrait surmonter cette fontaine.

Ta remarque ne manque pas de pertinence… »